Quand est-ce qu’on sait qu’on est photographe ?

Le billet précédent était censé être l’introduction de celui ci. Force est de constater que je me suis emballé et que c’est devenu un petit article à lui tout seul. Y’a pas de directeur de publication ici on fait ce qu’on veut.

À la base donc, je voulais répondre à cette question : à quel moment dans notre parcours, sait-on qu’on est devenu le fier représentant de <nom d’une discipline> ? Bien entendu, dans mon cas, la réflexion porte sur ma pratique photographique. Mais je crois que ça peut marcher pour plein d’autres trucs.

Je suis un enfant de la démocratisation des outils de production. Je fais partie de l’ère de la technique : des premiers ordinateurs personnels avec leur traitement de texte qui ont tué les dactylos, aux smartphones modernes qui permettent de tout faire, en passant par le web, ma gueule, ou tout le monde est éditorialiste.

De fait, je n’ai pas le droit d’être élitiste par rapport à la production de contenu. Surtout que je n’ai pas un héritage artistique et culturel de fou. De mon point de vue donc, tu as un smartphone, tu es photographe. Poing.

Tu ne sais pas cadrer, tes photos sont floues, tu ne publies nulle part, tu ne montres même pas tes photos, peu importe. Tu as appuyé sur un déclencheur avec une intention, ça compte.

C’est bien, je crois, l’intention qui est au cœur de la démarche. Et chaque photographe a son intention propre, qu’il aille la chercher au tréfond de son âme pour exprimer ce qu’il n’arrive pas à dire avec les mots (wow l’artiste) ou qu’on lui ai demandé de capturer un produit pour aider à le vendre (bouh le photographe Airbnb).

Vous avez peut-être plus d’affinité avec le premier qu’avec le second, toujours est-il que dans les deux cas iel est photographe. Et même si ça se trouve c’est la même personne mais faut bien bouffer.

Je sais pas encore où je veux en venir avec tout ça, j’ecris à haute voix.

Le problème aujourd’hui, mais est-ce vraiment nouveau, un photographe ne se sentira pas comme tel tant qu’il n’aura pas reçu la reconnaissance d’un public. C’est l’inconvénient de la société du spectacle, on commence toujours par faire les choses pour les autres, avant de comprendre qu’il faut d’abord les faire pour soi. Les réseaux sociaux et le régime de « l’influence » n’aident pas vraiment. Mais encore une fois, je ne pense pas que ce cadre soit né des nouvelles technologies.

Aujourd’hui donc, pour se considérer soi-même photographe, il faut un compte Instagram bien fourni, actif et qui fait naître des centaines d’appréciations à chaque nouvelle publication.

J’en suis personnellement encore là.

Mais la raison d’être de ce blog, c’est justement de sortir de ce système. Ici j’écris principalement pour moi (ça se sent d’ailleurs, c’est déjà incompréhensible à la relecture alors je n’imagine même pas pour ceux qui passent par là). Pour la photographie je n’y arrive pas. Je ne me sens pas encore légitime, je ne me sens pas photographe.

J’ai donc décidé de passer à l’étape d’après, celle qui m’affranchit d’Instagram mais qui me permet de garder un pied dans le système d’appréciation, en lançant une boutique de tirages. Je ne sais pas trop ce que j’éspère avec cette expérimentation, pas de l’argent en tout cas, l’idée est que je reverse 100% des bénéfices à des assos, toujours cette histoire de légitimité et surtout flemme de monter un statut juste pour ça. Y’a pas de modèle économique, j’ai juste envie de voir si des gens pensent que mes photos sont dignes d’orner leurs murs, et si ça peut me faire grimper un peu sur la courbe du Dunning-Kruger.

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2 comments

  1. Chouette article! Effectivement se sentir légitime dans un monde d’abondance est dur.
    Il y a toujours 100000 personnes a qui se comparer et ce avant même de poster et de patienter pour les like.
    Je bataille toujours aussi! Donc merci de partager ceci

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